Didace contre Léonce comme à la cour du juge Salomon
Samedi le 14 juin 2008
Au palais des congrès de Kigobe, les travaux à l’assemblée nationale ont repris sans anicroche bien que le grabuge des pêcheurs en eaux troubles ne quitte pas les arcanes surtout que les tapages médiatiques des mauvais perdants sont loin d’être perçus comme dans le même tableau de ces chiens qui aboient sans empêcher la caravane de passer. Les larmes de crocodile des politiciens machiavéliques comme les eaux de Mubarazi coulent jour et nuit surtout qu’un autre camouflet vient d’être infligé à monsieur Alexis Sinduhije. Mais où est passé le couple des amants les plus célèbres de la République ? Qui va encore nous seriner la fameuse formule Alice et Mathias for ever ? Par quelle petite porte sont passé Jean Marie Ngendahayo et compagnie ?
Alexis Sinduhije vient enfin d’apprendre que le ministre de l’intérieur ne peut jamais agréer un parti politique qui jure de s’occuper de la sécurité nationale. Le ministre Venant Kamana a fait la leçon à l’ancien journaliste et à ses sbires en rappelant que la sécurité des personnes et des biens incombe en priorité à l’Etat et jamais à un parti politique. La mort dans l’âme, monsieur Sinduhije a accepté de revoir sa copie mais de sa trouvaille, il ne reste alors que peau de chagrin surtout qu’au Burundi pullulent déjà les partis qui militent pour la démocratie. Pour dire que le CNDD-FDD qui a restauré la démocratie assassinée dans le putsch sanglant du 21 octobre 1993 peut toujours regarder les déboires de Sinduhije par le bout de la lorgnette. Le malheur ne venant jamais seul, monsieur Sinduhije voit bien des membres fondateurs de sa nébuleuse se retirer sur la pointe des pieds.
Laissons Sinduhije et ses adjuvants ruminer leur défaite en dehors des rings du pugilat politique pour assister plutôt au combat de coqs du côté du Front pour la Démocratie. A jamais nous dirons que Melchior Ndadaye était un grand homme.
Alors que sur les mille collines nationales, le peuple salue la décision de la cour constitutionnelle qui vient de reconnaître l’occupation inconstitutionnelle des sièges par 22 députés exclus ou démissionnaires du parti présidentiel, du côté du Frodebu les frères rivaux s’en remettent désormais à l’arbitrage du Président de l’Assemblée nationale comme s’il devait gagner la même renommée que le roi Salomon. Souffrez un peu qu’on rende un hommage mérité aux magistrats de la cour constitutionnelle qui, depuis que la démocratie progresse au Burundi, viennent d’apporter la preuve que le droit est du côté de ceux qui défendent l’intérêt général.
Nous pouvons maintenant revenir à l’affaire Didace contre Léonce. Il vous en souviendra que le président du Frodebu avait défrayé la chronique lorsqu’il a décidé de détruire le groupe parlementaire de son parti. Monsieur Léonce Ngendakumana chute inexorablement de son piédestal car non seulement les militants désertent en masse le parti de feu Melchior Ndadaye pour adhérer au CNDD-FDD mais pire encore Jean Minani, avec son Frodebu Véritable risque de provoquer la mort politique et subite de l’enfant terrible d’Isale. Comme la tentative d’exclure l’ancien président Ntibantunganya avait écorné le député Léonce, celui-ci n’a jamais mis le pied à Kirundo fief du député Jean Minani.
Alors que les Français disent que comparaison n’est pas raison, Léonce Ngendakumana se cache derrière la récupération des sièges occupés irrégulièrement par les députés exclus ou démissionnaires du CNDD-FDD pour réclamer le même traitement à l’égard des députés dissidents de son parti. Apparemment l’affaire était dans la poche. Mais le président du Frodebu commettait à vrai dire une si grave erreur d’appréciation qu’il s’est retrouvé dans la même situation que cette femme de la Bible condamnée à choisir entre la mort ou l’abandon de son enfant. Nous sommes de nouveau à la cour du juge Salomon appelé à départager deux mères qui se battent pour le même enfant. Et vous pourriez poser la question de savoir qui joue maintenant le rôle de Salomon. Un peu de patience, s’il vous plaît !
A peine le président du Frodebu venait-il de déposer auprès du président de l’assemblée nationale une lettre réclamant la restitution des sièges occupés par les députés dissidents de son parti que le juriste Didace Kiganahe est entré en scène pour réclamer plutôt la tête de monsieur Léonce Ngendakumana ! Si le président du Frodebu, qui n’a jamais osé convoquer un congrès en bonne et due forme pour exclure les députés qui lui sont hostiles, peut souhaiter l’exclusion desdits députés grâce à la baguette magique de la cour constitutionnelle, il n’est pas moins en sursis étant donné que des absences aux travaux de l’assemblée nationale desquelles a résulté la paralysie de la prestigieuse institution. Avec le règne de la raison et de la détermination à l’hémicycle, les absences capricieuses des députés allergiques à l’intérêt général deviennent une bombe à retardement. Et Didace Kiganahe a bien mûri son plan. Il appartient donc au président de l’assemblée nationale de convoquer les deux mères de plans antagonistes pour trancher. Soit Léonce Ngendakumana doit retirer sa requête et rester député, soit il la maintient et ce sera demander au président de l’assemblée nationale de partager l’enfant en deux. Car la demande de Kiganahe va également atterrir au bureau de la cour constitutionnelle qui pourra exclure aussi bien les députés rejetés par Léonce, le représentant légal du Frodebu mais également sanctionner les députés qui se sont absentés aux travaux de l’assemblée nationale. Ce scénario condamnerait donc le député Léonce à quitter définitivement la scène politique tandis que Kiganahe a plusieurs cordes sur son arc : il s’est déjà préparé une voie de secours qu’est le Frodebu véritable. Mais la solution serait de partager l’enfant en deux, les deux rivaux perdant leurs sièges à l’assemblée nationale comme s’ils s’assistaient au meurtre d’un bâtard. La situation de Léonce est tellement inconfortable que l’exclusion des députés qui se sont absentés aux travaux de l’assemblée nationale peut emporter un autre trublion des arcanes burundais : Léonard Nyangoma ! Albert Einstein avait raison de dire que le bon Dieu est astucieux mais qu’il n’est pas malveillant. Mais alors est-ce avec de tels détours que la scène politique va être assainie ?
Il convient de préciser au demeurant que le Frodebu de Léonce est aux abois depuis que le Palipehutu FNL mène des négociations fructueuses à Bujumbura et à Sun City en Afrique du Sud. Et voilà que le malaise du Frodebu le pousse à mener une campagne à la hussarde contre Rwasa dans la province de Bujumbura rural en arguant que le président du Palipehutu FNL vient de Ngozi et non de Bujumbura rural. Adieu le rôle d’avocat défenseur que le Frodebu a joué pour le compte de Rwasa par médias interposés. Bien avant le verdict de l’honorable Ntavyohanyuma, le Frodebu de Léonce est déjà écartelé comme un auteur de parricide. Comme si Jean Minani avait raison de dire que l’héritage de Ndadaye a été trahi.
Auteur: Samson Kwizera
Source: www.burundi-info.com